Mardi 26 juillet 2016

 

Mes amis, mes compagnons

Je vous écris cette lettre depuis ma cabine. Alors que le crépuscule pointe et que l’horizon s’embrase sous les derniers rayons du soleil, je profite de ces moments de calme pour vous faire part des dernières tribulations rencontrées au cours de mon aventure. Cela fait maintenant trente et un jours que nous avons repris la mer, chacune de ces journées fut emplie d’aventures, de bonheur, d’efforts. Mais les récompenses obtenues furent à chaque fois à la mesure de notre ténacité et de notre travail.

Je dis bien « notre », car sans mon équipage et toutes les bonnes âmes rencontrées au détour de cette aventure rien de tout ceci ne serait possible. Les quinze premiers jours de navigation furent assez proches de ce que l’on pourrait appeler « une traversée du désert ». Rien, pas une brise, pour nous rafraichir ou nous donner l’espoir d’une avancée. Alors que j’égrainais les heures, puis les minutes, le doute commençait en envahir mon cœur. Petit à petit, cette fée malicieuse engourdissait mon être, pour être bientôt quasi tétanisée par cette question. En réalité, la seule question possible dans de telles circonstances : « Ai-je fait une erreur en embarquant pour ce voyage ? » C’est alors que se produisit une chose impensable, j’entendis cette voix monocorde et pourtant enjouée, crier : « Ho hé du bateau ! ». Il me fallut quelques instants pour comprendre que cette voix venait d’une embarcation aux allures de coque de noix quelques coudées à bâbord. S’en suivit un échange cordial, c’est alors que j’appris que son navire avait coulé au plus fort d’une tempête, et que ce n’est qu’après de nombreux jours à errer sur une île vierge de toute compagnie, qu’il décidait de construire son embarcation de fortune et de reprendre la mer.

À ce moment précis, une seule idée me consumait l’esprit ; comment, alors que moi-même, en compagnie de mon équipage je me trouve torturé par le doute, cet homme a-t-il eu le courage de reprendre la route seule ? Je ne tins guère plus de quelques minutes avant de lui poser la question et voici ce qu’il me répondit :

« Mon ami je n’étais pas seul, je faisais silence. Le silence est une véritable richesse, il nous donne l’espace nécessaire pour regarder au fond de nos cœurs et se nourrit des souvenirs, des êtres qui nous sont chers et de tous les sourires que l’on a reçus au fil des jours. En plus de tout ceci, il y a l’espoir et l’empressement, tant de nouvelles rencontres nous attendent. Si vous gardez votre cœur ouvert et votre esprit attentif, vous ne serez jamais seul. »

C’est quelques paroles, furent un choc pour moi et mes amis, le doute s’envola et la joie emplis nos vies. Alors que le vent ne soufflait toujours pas, nos rires et nos chants résonnaient sur ce désert aqueux, ayant pour seul écho l’éclat scintillant d’une lune d’opale.

Les jours qui survirent le vent souffla, nous traversâmes même des tempêtes. Mais nous étions ensemble mon équipage et notre nouvel ami. Chaque nouvelle épreuve surmontée était raison de réjouissance et de fierté. Quand enfin la terre est en vue, l’île du paladin approche à toute allure. On peut voir ça et là poindre à l’horizon les autres navires. Mes camarades aventuriers partis eux aussi à la conquête de cette île majestueuse.

Chaque instant qui passa à partir de ce moment m’emplit d’une réconfortante certitude : « je ne suis pas seul ! »

Le jour est maintenant tombé, il est temps de regagner ma couche. Car demain, est encore une aventure au cours de la qu’elle je ferais peut-être une magnifique rencontre. J’ai hâte !

Je vous dis à très bientôt, je vous souhaite bon vent ! Que votre aventure soit aussi riche que la mienne.

Gauthier